Au cours de nos expériences professionnelles, nous rencontrons des innovateurs qui interpellent par leur singularité. Nous sommes ravis de vous les présenter et de partager avec vous leurs bonnes pratiques.

Lorsque Cindy MUSSET parle de sa manière d’insuffler l’innovation dans ses équipes, c’est avec un tel enthousiasme qu’elle recharge vos batteries.
Cette cheffe d’entreprise, gérante de 3 salons de coiffure Franck PROVOST dans la Région des Pays de la Loire, l’annonce clairement : « Je n’aime pas stagner, j’ai besoin d’avancer ! ».
Et ses 20 années de vie professionnelle le prouvent : armée au départ d’un CAP coiffure elle a évolué vers un poste de manager, puis est devenue entrepreneuse avec la cogérance d’un, deux puis trois salons.

Ce très beau parcours elle le doit aux qualités qu’elle a développées (nous allons y venir) et à des rencontres, notamment celle avec son associé Jérôme MARTIN, il y a 20 ans, qui a détecté en elle « une âme d’entrepreneuse impliquée à 100% ». 
Jérôme nous raconte : « Cindy a très vite senti que le management du type « command and control » du 20ème siècle était révolu ; elle s’est alors intéressée à des formes d’organisation plus autonomes.  
Elle a une appétence forte pour les relations humaines ; elle s’est formée et est devenue coach professionnelle certifiée en 2021. L’oxygène de Cindy, c’est l’apprentissage et la connaissance ».

Ce besoin d’apprendre et de créer n’est pas récent. Cindy se souvient que toute jeune elle a réalisé une forêt en 3 dimensions avec des fils de fer et de perles (un cadeau pour ses parents).  La patience, la recherche de la qualité et la fierté d’aller au bout d’un projet continuent depuis lors de l’accompagner dans son rôle de cheffe d’entreprise.


Une innovation n’est pas forcément technologique
Convaincue que la performance passe par la responsabilisation et l’autonomie, un salon Franck Provost de Nantes s’est organisé pour fonctionner sans manager

Elle nous explique : « La coiffure est certes un métier technique, mais c’est aussi un vrai travail de relations humaines. Dans un salon comme à Nantes où une douzaine de coiffeuses et coiffeurs se côtoient, la réussite passe par un vrai travail d’équipe. On est loin de l’image du travailleur solitaire qui gère seul ses clients ».

Convaincue que la performance passe par la responsabilisation et l’autonomie, le salon de Nantes s’est organisé pour fonctionnersans manager, loin des standards usuels des salons en France.
Cindy : « Dans notre secteur, le turnover est important. Je souhaitais donc que les collaborateurs passent d’une mission de « pure coiffure » à quelque chose de plus grand, en développant leurs talents »
La transformation a pris plusieurs semestres, et avant de changer les processus et modes de fonctionnement, il a fallu travailler sur la dimension humaine. 
« Je crois au potentiel de l’humain. La première étape a été la mise en place de groupes de travail pour que chacun apprenne à se connaître, avec ses points forts et ses axes de progrès. Puis nous avons organisé des séminaires animés par moi-même et par des sociétés externes (partenariat Ynitia et L’Explore) pour réfléchir collectivement à mieux travailler et vivre ensemble.       
Les prises de conscience ont été déterminantes : bien que tous différents, nous partageons des valeurs communes et l’intention de travailler dans le respect et la confiance. Chaque jour, dans chaque action, nous y mettons notre culture et notre sens du travail, au service de la satisfaction client 
».

Le fameux « Connais-toi toi-même » complété d’un « Connaissons-nous tous » ressortent, dans cette expérience, comme des conditions sine qua non à une organisation sans manager.
Cindy analyse : « Une meilleure conscience de soi permet de mieux communiquer avec les clients. Le travail que nous avons fait sur nos relations interpersonnelles nous permet de communiquer d’une manière bienveillante et positive, et d’améliorer le travail collectif et l’ambiance. Le saut en autonomie (responsable de ses actes et de l’équipe) permet de répartir les missions historiquement dévolues au manager sur plusieurs personnes. Concrètement, aujourd’hui, l’équipe fonctionne sans manager mais avec un responsable du jour(qui change chaque jour) et trois coachs élus par leurs pairs pour 6 mois. Chaque coach a une mission particulière : formation, logistique ou gestion des plannings. Cette organisation innovante donne une grande liberté à l’intérieur d’un cadre ».


Transformer une culture d’entreprise prend du temps
Comme dans beaucoup d’entreprises qui souhaitent développer des démarches de type « Tous innovateurs ! », Cindy a rencontré des freins.
Le travail sur une organisation innovante a permis de lever ces freins en faisant progresser l’équipe sur le leadership et la communication.


Son esprit innovateur, Cindy a voulu le diffuser également aux membres de l’équipe, pour démultiplier les propositions d’idées.  
« Après avoir montré l’exemple en changeant l’organisation, j’ai annoncé clairement que chacun pouvait proposer des idées, que j’écouterai, encouragerai et financerai les meilleures pour qu’elles se réalisent ». Cette autorisation donnée par Cindy et son associé Jérôme s’est accompagnée d’une organisation spécifique, avec la mise en place de groupes de travail et du temps accordé pour mener à bien certains projets proposés. 
Et les résultats sont là ! Cet esprit créatif qui anime le salon a par exemple trouvé un terrain d’expression quand est arrivé la pandémie de COVID-19. « La mise en place de la distanciation physique a diminué notre capacité d’accueil. Fin 2020, nous avons eu l’idée de mettre en place deux chalets de Noël sur le parking du salon pour servir nos clients dans un cadre original et festif ». De faire une contrainte une opportunité, n’est-ce pas le propre des innovateurs ?

Cindy poursuit avec un autre exemple : « Laurianne, qui est une collaboratrice très engagée, souhaitait exercer son métier en utilisant des produits plus naturels, (coloration, soins, etc.). Grâce à son initiative, nous proposons à présent au salon La végétaleLaurianne a également formé d’autres membres de l’équipe pour développer l’offre et améliorer l’expérience client, comme la mise en place de rituels spécifiques à cette activité : protection auditive, masque sur les yeux et coussins de lin chauffant sur les épaules pour créer une bulle de sérénité ».

Comme dans beaucoup d’entreprises qui souhaitent développer des démarches de type « tous innovateurs ! », Cindy a rencontré des freins : « si nous voulons que des idées émergent des collaborateurs il faut combattre la croyance « seul le chef sait ». Il faut aussi libérer les blocages sur la légitimité d’un équipier à porter une idée et sa capacité à embarquer d’autres personnes de l’équipe dans le projet pour qu’il se concrétise ».
Le travail de réflexion sur une organisation innovante a permis de lever ces freins, en libérant les talents et en faisant progresser l’équipe sur le leadership et la communication.

Aujourd’hui, le bilan de ces initiatives est une motivation et un engagement supérieurs des collaborateurs, et un turnover inférieur aux autres salons. Pas étonnant donc que Cindy MUSSET réfléchisse au déploiement de cet état d’esprit dans ses deux autres salons Franck PROVOST de Brissac (49) et Angers (49). A n’en pas douter, elle appliquera les trois conseils qu’elle donne à tous ceux qui veulent impulser l’innovation dans leur entreprise : « Le déploiement de l’innovation doit être initié par la hiérarchie en donnant l’autorisation à chacun de proposer des idées et en créant des espace-temps et des espaces physiques dédiés. Il est également important de développer une culture de l’écoute, pour être capable d’entrer dans l’univers d’un autre, d’accepter les avis divergents et les idées folles. Enfin, la connaissance de soi et la connaissance des autres est un point fort pour innover en équipe, en intelligence collective, et porter une idée jusqu’au bout ».


Propos recueillis par Yann VESLIN.

Catégorie
Tags

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Pin It on Pinterest